FFFFT !

Arnaud Boutle - Graphic Designer

À propos de "Entre les Ombres"

- Pourquoi ce choix de ne pas parler de la cause de l’apocalypse ?
 
Parce que ce n'est pas mon sujet.
Entre les Ombres est un récit de survivant. En fait c'est l'histoire improbable du dernier homme sur terre. La façon dont les choses se sont passées n'est pas si importante. Ce qui m'intéresse c'est de mettre Jean, le héros  de l'histoire, dans la situation d'un Robinson échoué dans une mégapole vide. Ce qu'il vit et ressent, ce qui le pousse à survivre malgré tout, c'est ça le sujet. Bien sûr, il y a des indices dans l'histoire de ce qui a pu amener la fin du monde, mais franchement, les média nous chargent assez le cerveau pour que n'importe qui soit capable d'imaginer le pire. Pas la peine de le raconter.
 
- Au lieu des traditionnelles luttes pour la survie d’un récit post-apocalyptique, c’est son âme que votre personnage semble avoir du mal à sauvegarder. Entre les Ombres, c’est une fable existentielle ?
 
Oui. Beaucoup de récits post-apocalyptiques sont très terre à terre comme si la population pouvait mettre son humanité dans sa poche avec un mouchoir par dessus pour avoir une chance de survivre. Au contraire, je pense qu'en de telles circonstances, ce qui est le plus en péril, c'est notre santé mentale. La solitude est une forme ultime d'aliénation. Imaginer un personnage ayant traversé la fin du monde, qui n'a pas d'espoir de rencontrer quiconque et qui décide tout de même de survivre, voilà un véritable défi. Surtout si cette personne décide de ne pas devenir une bête. Bien sûr Jean a ses limites, c'est tout l'intérêt de l'histoire de le voir atteindre ses limites et de le voir les dépasser.
 
- Vos couleurs, vos images sont plutôt tendres. Finalement, l’humanité une fois disparue, vous pensez que le monde sera plus doux ?
 
Non, bien sûr, la tendresse, le calme, ça n'existe qu'au travers de nous... Je ne prêche pas la fin du monde, au contraire ! Ce que je montre est un fantasme, un monde empreint d'une certaine sérénité. Elle provient de Jean, et elle est projetée sur le décor qu'est la ville. C'est sa vision des choses et ça le nourrit en même temps. Je veux dire, il y a véritablement deux personnages dans mon histoire, l'homme avec ses souvenirs, ses expériences, et la ville comme un miroir. Est-ce que j'aurais la même force intérieure et la même empathie que Jean dans ces circonstances ? Personnellement, j'en doute.